L'Hôpital Schweitzer

L'Hôpital Schweitzer.
En 1913, la mission évangélique protestante de kongwé accueille en son sein, le Docteur Albert Schweitzer et son épouse,
venus dans un but humanitaire soigner les malades de la lèpres. Son premier hôpital ou centre de soin, rudimentaire,
se situera au pied de la colline de kongwe, à proximité de l’église actuelle.
Il y recevra une multitude de malades et sa présence sera la cause de nombreux déplacements de population que la mission
aura de plus en plus de mal à accueillir.
Le premier Hôpital Schweitzer, à la mission protestante
photo
Allemand, il sera dès le début de la première guerre (1914-1918) sujet
à de nombreuses tracasseries de la part des autorités coloniales françaises.
Il ne pourra rentrer en Europe qu’en 1917, grâce à la pression de
parents et amis. Son épouse et lui devront passer par deux camps d’internement
avant de pouvoir regagner leur Alsace natale en août 1918.(in « Albert
Schweitzer construit hôpital de Lambaréné » p.18 de marie Woytt-Secretan
ed. Oberlin 1959)
De retour au Gabon en 1924, avec des fonds personnels qu’il a pu récolter, en tant que spécialiste de Bach, en donnant des récitals d’orgue
et en donnant des conférences, il se réinstalle dans un premier temps à la mission protestante de kongwe, puis faute de place il décide de
créer son propre hôpital quelques temps après. (in « Albert Schweitzer construit hôpital de Lambaréné » de marie Woytt-Secretan ed. Oberlin 1959)
Prospectant pour un site, il tombe sur l’emplacement d’un ancien et vaste village sur lequel il décide de bâtir son hôpital.
« ... ils arrivèrent au sommet d’une grande colline. Là, aux nombreux palmiers à huile et à la rareté des arbres anciens Monsieur
Morel reconnut l’emplacement d’un grand village disparu. L’endroit où s’était autrefois élevé un village pourrait bien convenir aujourd’hui
à un hôpital... » (in « Albert Schweitzer construit hôpital de Lambaréné » p.32 de marie Woytt-Secretan ed. Oberlin 1959)
Il doit cependant faire une demande de concession à l’administration coloniale.

« Avant de pouvoir commencer les travaux, il avait besoin de l’accord de l’administration. Sa demande d’une cession de terrain pour construire
un hôpital fut la première dans l’histoire de la colonie. On lui appliqua une loi conçue à l’origine pour l’établissement des blancs dans ce
pays, pour les inciter à défricher autant de terres que possible. » (in « Albert Schweitzer construit hôpital de Lambaréné » p.33 de marie Woytt-Secretan ed. Oberlin 1959)
Le village abandonné se révélera être Adolinanongo, village de Nkombé, abandonné après sa mort, bien avant la fin du XIXème siècle.
« La vue des constructions en cours lui rappela que cette colline avait déjà eu une certaine célébrité dans la région. Les indigènes l’appellent « Adolinanongo »:
celle qui regarde par-delà les tribus. Elle avait porté autrefois le grand village du roi des Galwas, Nkombé, ce qui veut dire le soleil.
Sous la protection de ce roi-soleil noir, le village avait été un centre de trafic important, et Savorgnan de Brazza l’avait pris pour base
lors de son premier voyage au Gabon.
Après la mort de Nkombé et sous la pression des Pahouins (...), les Galwas avaient dû abandonner Adolinanongo. » (in « Albert Schweitzer construit hôpital de Lambaréné » p.46 de marie Woytt-Secretan ed. Oberlin 1959)
Cet hôpital va obéir à un concept qu’Albert Schweitzer aura observé chez les populations indigènes, où un à plusieurs membres de la famille accompagne et réside avec le malade tout le temps de sa convalescence. Ce sera en quelques sorte un village hôpital qui sera autonome et vivra du fruit du travail de ses habitants.
Ce concept apparaît novateur par rapport à l’optique coloniale qui n’a jamais favorisé ce type d’action sans profit.
Le village hôpital présente beaucoup de similitudes avec les structures de l’habitat local par la manière dont il est organisé mais aussi parce qu’il a un propriétaire, un fondateur connu.
Aujourd’hui il reste toujours un exemple d’autonomie, une ville à proximité de la ville mais qui participe de sa cohérence globale et qui semble avoir survécu aux boursouflures du temps.
Sa gestion de l’espace simple et rigoureuse dans l’application de principes généraux, communs, n’a jamais vraiment tenté de prendre le pas sur les cultures locales et ce sont peut être là les raisons de sa survie.









